Présentation

  • : Le blog de Femmes Solidaires Nanterre
  • femmessolidairesnanterre
  • : femmes égalité feminisme violences Actualité
  • : Informer les femmes sur leurs droits (permanences juridiques gratuites sur rendez-vous). Leur permettre d'intervenir pour obtenir l'égalité dans tous les domaines, faire évoluer les mentalités, améliorer l'accueil et l'hébergement des femmes victimes de violence, faire respecter les lois. Participer ponctuellement à la vie locale.
  • Recommander ce blog
  • Retour à la page d'accueil

Calendrier

Décembre 2009
L M M J V S D
  1 2 3 4 5 6
7 8 9 10 11 12 13
14 15 16 17 18 19 20
21 22 23 24 25 26 27
28 29 30 31      
<< < > >>

Recherche

Créer un Blog

Dimanche 8 juin 2008 7 08 /06 /2008 13:37

L’Humanité des débats

La virginité, concept rétrograde

Article paru
le 7 juin 2008

Pourquoi le jugement de Lille est-il dangereux ?

La nouvelle a été rendue publique il y a quelques jours : un mariage a été annulé par le tribunal de Lille pour cause de non-virginité de l’épouse, sur fond de préceptes religieux, l’avocat de l’époux se cachant derrière la question du mensonge de la future épouse.

Ce jugement liberticide pour la pensée est un retour à des temps que nous espérions révolus, nous les femmes, à l’heure où nous célébrons les quarante ans de Mai 68 et du vent de liberté qu’il a permis en matière de libération sexuelle. Le temps des noces barbares où le drap des époux était exhibé pour prouver la « pureté » de l’épouse et la virilité de l’époux est-il revenu ? Ce jugement est dangereux pour les femmes et pour toute la société. Il remet en cause le principe de laïcité. Le Code civil et son article 180 ont été ouvertement interprétés à des fins religieuses, afin de promouvoir des principes de vie obsolètes qui réduisent les femmes à l’état d’objets. Femmes solidaires, à travers ses rencontres dans les établissements scolaires, peut livrer une expérience de terrain. Aux filles qui subissent les pressions de la famille, des coutumes, des religions, nous pouvons dire : « La loi vous protège. Sur notre territoire, vous avez les mêmes droits et les mêmes devoirs quelles que soient votre religion, vos origines, votre sexualité. »

Ce jugement leur envoie un signe contraire. Il leur dit qu’au-dessus des lois de notre pays, il y a les lois religieuses. Ces rencontres avec la jeunesse dans toute la France nous ont permis de nous positionner contre le port du voile dans les établissements scolaires. Elles nous poussent aujourd’hui à nous indigner de cette décision alors que certaines, cédant à la pression, ont recours à la reconstruction de l’hymen ou font voeu de chasteté jusqu’au mariage. Il remet en cause le principe d’égalité. On ne nous parle jamais de la virginité de l’époux, comme s’il était entendu qu’il puisse jouir d’une sexualité libre et épanouie avant le mariage sans que celle-ci porte atteinte aux « qualités essentielles de sa personne ». Femmes et hommes sont-ils sur un pied d’égalité ? Certes non. Ce mot de virginité, fortement imprégné de morale judéo-chrétienne, continue de faire des ravages. Il désigne implicitement celles qui ont une sexualité libre et consentie comme des impures, des « salopes » pour prendre une terminologie plus actuelle. Une femme qui n’est pas « vierge » souillerait son futur mari. Notre société doit en finir avec ce concept rétrograde. Ce mot de virginité doit être extrait de notre vocabulaire comme un mot qui porte atteinte à toutes les femmes.

Il remet en cause le principe d’intégrité. En jetant en pâture l’intime d’une femme, ce jugement viole l’intime de toutes les femmes. Le corps des femmes ne peut être un enjeu de contrat. À nos enfants, filles et garçons, nous apprenons que leur corps leur appartient, qu’ils ne doivent jamais le céder à qui que ce soit, que l’intime est avant tout une question d’amour, d’échange, de respect, qu’ils sont maîtres de leur vie, de leur sexualité. Ce jugement véhicule tout le contraire. Le corps de cette femme ne lui appartient finalement pas, puisque d’autres jugent pour elle de ses « qualités ». Si l’on va jusqu’au bout du raisonnement, cette femme aurait dû se marier avec le premier garçon avec qui elle a eu des relations sexuelles, même si l’expérience restait désastreuse. Nous ne pouvons regarder sans rien dire nos filles se soumettre sur les terrains des batailles gagnées par nos mères, notamment celle du droit de vivre, de profiter d’une sexualité librement vécue et consentie, celle de l’insoumission aux hommes, pères, frères et maris, et, surtout, celle emblématique de la séparation de la sexualité et de la procréation. Face à ceux qui détournent ce beau concept du dialogue des cultures pour affirmer que ce qui est bon pour les unes ne l’est pas pour les autres au nom des croyances ou des origines, nous affirmons que toutes les femmes dans ce monde ont droit au même respect, à la même liberté. Femmes et hommes de progrès, continuons ensemble de nourrir notre laïcité comme une plante fragile, face aux mauvaises herbes de l’obscurantisme.

Par Femmes Solidaires Nanterre
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Retour à l'accueil
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus