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Vendredi 20 juin 2008
Courrier international - 20 juin 2008
Chronique


Les programmateurs de la chaîne américaine Lifetime peuvent se frotter les mains. Mission accomplie ! Army Wives, une série sur les femmes de militaires, écrite pour être diffusée sur cette chaîne câblée destinée aux femmes, a trouvé son public… de femmes, cela va sans dire. Lancée en 2007 sans tambour ni trompette, Army Wives a supplanté Mad Men, la série événement de la saison, dans le cœur et le téléviseur des ménagères américaines. Ce mois de juin, elle rempile pour une deuxième saison.


Pourtant, lors de son lancement, Army Wives avait été boudée par la critique. Encore une série sur l'armée, la guerre et la bannière étoilée ! avait-on pu lire. Même si les conflits d'Irak et d'Afghanistan sont sa toile de fond, Army Wives n'est pas une série sur la guerre. Inutile, donc, de la comparer avec Over There, l'éphémère série de la chaîne FX Network (diffusée en 2006 sur Canal +) qui s'est imposée comme la référence du genre. "Over There tentait quelque chose d'inédit : mettre en scène le quotidien de soldats engagés dans une guerre alors que cette guerre était encore en cours", se souvient Barry Garron dans Hollywood Reporter. Las, elle n'aura duré qu'une saison. "Certaines analyses post mortem ont avancé que, pour les Américains, il était dérangeant de voir la même guerre tuer des personnes aux actualités et des personnages en prime time", poursuit le journaliste. Pour tout dire, les combats sont complètement absents de Army Wives. Les héroïnes ne connaissent du champ de bataille que ce qu'en montrent les informations télévisées. En cela, la série se distingue de The Unit (diffusée sur CBS aux Etats-Unis et M6 en France), qui suit le parcours – côté cour et côté terrain – d'un commando spécial de l'armée américaine. "Army Wives, c'est The Unit sans les théories du complot ni les opérations secrètes", estime Matt Roush dans l'hebdomadaire TV Guide.


Cela laisse au téléspectateur un condensé de "sacrifice, de solitude et de tradition parfois étouffante", résume Robert Abele dans LA Weekly. Par amour, les héroïnes de Army Wives se sont de facto embrigadées dans l'armée. Voilà un autre malentendu à dissiper. Quoi qu'ait pu laisser supposer le terme wives (voir Desperate Housewives, ou la série britannique Femme$ de footballeurs, vue sur M6), Army Wives n'a pas vocation à faire rire. La série dépeint des femmes qui savent ce qu'est une fin de mois difficile, qui ne font jamais de shopping et qui vivent "dans des cuisines minuscules, pleines de boîtes de céréales ouvertes et de lait renversé", rappelle Ginia Bellafante dans The New York Times. Des femmes, des vraies.


Et l'institution militaire dans tout ça ? "Army Wives présente les épouses de militaires non comme des victimes, mais comme le ciment qui permet à l'armée américaine de tenir debout", affirme Maureen Ryan dans le Chicago Tribune. Un jugement que nuance Ginia Bellafante. "A aucun moment la série ne vous laisse croire que tout ce dont vous avez besoin, c'est d'un homme en uniforme", explique-t-elle. Le prix à payer est trop élevé.

Marie Béloeil
 © Courrier international 2008 | ISSN de la publication électronique : 1768-3076    
Par Femmes Solidaires Nanterre
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